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L’addiction à Internet : une nouvelle maladie?

Au moment où tous les individus sont connectés une question toute simple se pose. Où se trouve la frontière entre un usage répété et une addiction? Cette question n’est pas si facile.

Le terme d’addiction est passé dans le langage usuel. Il appartient maintenant à la « pop-psychologie », la psychologie populaire. L’usage d’Internet appartient aussi au domaine professionnel, on peut y consacrer plusieurs heures, il ne s’agit pas d’une addiction. Dès lors, la ligne de démarcation entre un usage soutenu et une addiction nécessite quelques précisions.

Mais qu’est-ce qu’une addiction à Internet?

L’addiction se distingue de l’usage intensif par une préoccupation intellectuelle constante, une pensée focalisée sur l’idée, devenue un besoin , d’utiliser Internet. Le temps consacré à cette occupation devient trop important, au détriment des études, du travail, de la vie familiale ou d’activités sociales. On parle d’une addiction quand le sujet a tenté de réduire, sans succès, sa présence sur Internet, ou bien lorsque ces tentatives se sont accompagnées d’irritabilité, de mauvaise humeur, de tristesse.

Parmi les autres stigmates d’une addiction, figure la tentative de masquer ou de minimiser le temps consacré. Un jeune adolescent d’une vingtaine d’années pouvait ainsi déclarer: « Il n’y a pas d’autres activités qui me procurent autant de bien-être et soient autant capables de me détendre qu’être sur mon ordinateur pour jouer, regarder des vidéos ou aller sur Internet. Mais quand je me sens mal, ce passe-temps me permet de me couper du monde et de me déconnecter ». Un jeune chercheur rédigeant sa thèse de physique, peut raconter comment il interrompt sa rédaction pour aller sur des sites de jeux, de paris ou regarder des vidéos pornographiques.

L’addiction à Internet s’inscrit dans un double contexte

Il existe des phases d’addiction temporaire de quelques semaines à quelques mois. On les retrouve souvent chez les adolescents. Elles expriment un mal-être, une crise existentielle, un besoin de stimulation dans une bulle interne. Très différente est l’addiction chronique à Internet. Elle bénéficie du fameux triple AAA, différent de celui des économistes, Abordable, Accessible, Anonyme. Elle met en jeu les circuits du plaisir et de la récompense du cerveau et une toute petite structure qui fonctionne avec de la Dopamine: le noyau accumbens.

L’objet de l’addiction est une source de plaisir. Il peut s’agir de jeux, où on s’identifie à un combattant, un pilote ou un personnage mythologique. Ces stimulations facilitent la sécrétion de Dopamine, d’endorphines ou d’autres neurotransmetteurs. Mais au fil des jours et des séances, les récepteurs de ces produits demandent de plus en plus de stimulations pour obtenir le même effet de plaisir. Il s’agit du fameux effet de tolérance exigeant plus de temps et d’intensité pour obtenir un effet de récompense.

Les sujets deviennent alors des « esclaves de la quantité ». Les addictions s’associent à de l’anxiété, du mal-être, des difficultés à trouver son identité, de la dépression et parfois quelques sentiments d’étrangeté. Des propositions de traitement par des thérapies cognitives comportementales et plus rarement, par des médicaments antidépresseurs ou stabilisants de l’humeur sont envisagées.

L’addiction à Internet réduit la connectivité cérébrale

Une étude australienne et coréenne (1) pose la question d’une perturbation neurologique. Elle porte sur 12 adolescents, fortement dépendants d’Internet. Leur activité cérébrale fonctionnelle étudiée par une imagerie cérébrale est anormale, près de 25% des connections cérébrales entre les régions corticales et sous-corticales sont perturbées.

Dans ces circuits l’activité est diminuée. On retrouve cette diminution au sein du réseau reliant les régions frontales aux régions de l’hippocampe, du globus pallidus et du putamen. Ces résultats sont passionnants pour deux raisons. Ils montrent que des addictions sans produits, l’addiction à Internet en est un exemple, vont altérer la fonctionnalité des connections cérébrales.

Jusqu’à présent on ne retrouvait ces anomalies que chez des sujets dépendants de l’héroïne ou de la cocaïne. Par ailleurs l’adolescence représente un moment privilégié pour la densification et la stabilisation des connections cérébrales. Si les circuits sont durablement altérés, les conséquences seront présentes à l’âge adulte.

En terme de prévention, il appartient aux parents d’expliquer qu’un usage intensif et immodéré des smartphones ou des ordinateurs altère la « circuiterie » cérébrale. A la question initiale l’addiction à Internet est-elle une maladie?, si l’on parle d’une addiction vraie, avec des critères, on sait qu’elle altère de façon visible notre fonctionnement cérébral !

Source : https://www.huffingtonpost.fr/laurent-schmitt/addiction-internet_b_4344040.html

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