Morale

Les maladies du pouvoir de passion et leur traitement

Ces maladies sont de dix sortes. Nous allons aborder ci-après brièvement chacune d’elles.

1- L’amour de ce monde

La meilleure définition de ce vice et de l’attachement aux biens éphémères de ce monde se trouve sans doute dans le Verset coranique suivant :

– « L’amour des biens convoités est enjolivé aux hommes ; tels sont les femmes, les enfants, les lourds amoncellements d’or et d’argent, les chevaux racés, le bétail, les terres cultivées : c’est là une jouissance éphémère de la vie de ce monde, mais c’est chez Allah qu’on trouve la meilleure ressource. » (3 : 14)

Il faut tout d’abord gardé présent à l’esprit que tous les biens mentionnés dans ce Verset coranique étant des Bénédictions Divines, ne peuvent être condamnés. En outre, une utilisation convenable de ces Bénédictions Divines n’a rien de répréhensible. Toutefois, ce qui est condamnable, c’est de s’attacher à ces biens et de leur accorder une importance fondamentale dans notre vie -importance qui pourrait dépasser celle que nous accorderions à Allah. Mais si ces biens ne prennent pas la place d’Allah dans notre vie, et qu’ils soient utilisés comme un moyen d’atteindre à l’auto-développement et à la proximité d’Allah, non seulement ils ne seraient pas blâmables, mais plutôt hautement désirables.

Donc, la condamnation ou les louanges des biens de ce monde, que nous rencontrons dans le Coran ou les hadiths, se rapportent au type d’usage qu’on en fait. Si quelqu’un fait du monde d’ici-bas et de ses biens son idole, et qu’il y met tout son espoir au point d’oublier Allah et l’Au-delà, alors nous pouvons dire qu’un tel individu est devenu victime de la maladie de « l’amour de ce monde ». Dans un hadith, le Prophète (S) décrit dans les termes suivants les traits des « amoureux de ce monde » :

– « Celui qui se réveille en ayant toute son attention concentrée sur ce monde est coupé d’Allah, et Allah accable son cœur de quatre malheurs : un souci éternel, une occupation infinie, un manque jamais satisfait, et un espoir qui ne se réalise jamais. »

Pour guérir de cette maladie, on doit méditer sur le fait que les biens de ce monde sont éphémères, et que ce qui reste d’un homme ce sont ses réalisations spirituelles, sa proximité d’Allah et les efforts faits en vue de se préparer à l’Au-delà.

2- L’amour de la fortune et de la richesse

Ce vice est une branche de la maladie de l’amour du monde d’ici-bas, et tout ce qui a été dit -de positif et de négatif- à propos du monde d’ici-bas peut s’appliquer à la richesse. Certains Versets coraniques et Traditions font l’éloge de la richesse, alors que d’autres la condamnent. Cependant, il n’y a pas de contradiction dans le fait que la richesse soit à la fois condamnée et louée, car les Versets et les Traditions qui la condamnent, condamnent en fait la richesse qui éloigne l’homme d’Allah et de l’Au-delà, alors que ceux qui font l’éloge de la richesse désignent celle qui sert à élever le caractère de l’homme et à le rapprocher d’Allah. Dans un Verset coranique, on peut lire :

– « O vous les Croyants ! Que vos richesses et vos enfants ne vous distraient pas du souvenir d’Allah ! Ceux qui agissent ainsi sont les perdants. » (63 : 9)

Dans un autre Verset, une nation est appelée à implorer le Pardon d’Allah, afin qu’IL lui accorde Ses Faveurs parmi lesquelles figure la richesse :

– « … IL accroîtra vos richesses et le nombre de vos enfants ; IL mettra à votre disposition des Jardins et des ruisseaux. » (71 : 12)

Et selon des hadiths, le Prophète (S) aurait à la fois loué et condamné la richesse :

– « L’amour de la richesse et de la position sociale nourrit l’hypocrisie (nifâq) tout comme l’eau nourrit les plantes. »

– « Que c’est louable un bien justement acquis par un homme droit ! »

En tout cas, une richesse appropriée et propre est celle que l’on acquiert d’une façon licite, et que l’on utilise pour faire plaisir à Allah -le Hajj, le Jihâd, l’aide aux pauvres, et toutes sortes de charité servant au bien public.  –

L’abstinence (zohd)

L’abstinence, à l’opposé du fait de chérir ce monde, est l’abstinence des affaires du monde d’ici-bas, intérieurement et extérieurement, mis à part ce qui est nécessaire pour atteindre aux Bienfaits de l’Au-delà et la proximité d’Allah. Le zâhid (celui qui pratique l’abstinence) est très loué dans des Versets coraniques et des hadiths qui considèrent l’abstinence comme l’un des traits des Prophètes et des Saints.

Le zohd est de différents degrés :

a) l’abstinence des péchés ;

b) l’abstinence même de ce qui est « muchtabah » (douteux), c’est-à-dire de ce qui n’est pas considéré comme interdit mais sur lequel on a des doutes ;

c) l’abstinence de ce qui dépasse les limites du strict nécessaire ;

d) l’abstinence des désirs égoïstes ;

e) l’abstinence de tout, excepté Allah ; ce qui veut dire concentrer toute notre attention sur le Créateur, nous contenter du strict minimum pour satisfaire non besoins physiques, et faire cadeau du reste de nos biens pour l’amour d’Allah.

Les gens pratiquent normalement l’abstinence pour trois raisons :

a) Pour échapper au Feu de l’Enfer. Cette sorte de l’abstinence s’appelle « zohd al-khâ’ifîne » (l’abstinence des craintifs).

b) Pour obtenir la Satisfaction d’Allah et atteindre à la Joie du Paradis. Cette sorte de l’abstinence s’appelle « zohd al-râjîne » (l’abstinence de ceux qui espèrent).

Pour obtenir la Communion Divine. C’est là le but le plus sublime et la forme la plus méritoire de l’abstinence. Elle ne se pratique ni par crainte de l’Enfer, ni par désir du Paradis.

3- L’abondance et l’opulence

Cela signifie posséder les moyens de vivre, et peut avoir plusieurs degrés, atteignant parfois une grande fortune et une richesse fabuleuse. A l’opposé, il y a la pauvreté et le besoin, lesquels signifient le manque de moyens d’existence.

Aussi bien l’abondance que la pauvreté peuvent soit élever le caractère de l’homme, soit le détruire.

Si l’abondance est atteinte par des moyens licites et que le surplus de ce qui est nécessaire est dépensé pour l’amour d’Allah et au service de Ses créatures, elle est considérée comme une vertu. Mais si elle a été obtenue par des moyens illicites et par une exploitation injuste, et que la personne qui l’a accumulée est insouciante des besoins des nécessiteux et des dépossédés, elle la conduira sûrement à la destruction. Le Saint Coran dit à ce propos :

– « Bien au contraire ! L’homme est rebelle dès qu’il se voit dans l’aisance… » (96 : 6-7)

De la même façon, la pauvreté aussi, si elle est accompagnée d’endurance, de résignation et de contentement, mène l’homme à une édification spirituelle ; autrement, elle le conduirait aussi à la destruction. Ainsi, si nous constatons que des Versets coraniques et des Traditions louent parfois l’abondance et la pauvreté, et parfois les condamnent, c’est parce qu’elles sont parfois accompagnées de bonnes conditions et sont donc désirables, et parfois de mauvaises conditions, et sont par conséquent indésirables.

4- L’avidité (hirç)

L’avidité est une condition qui rend l’homme insatisfait de ce qu’il a, et lui donne envie d’en avoir plus. L’avidité est l’un des pires vices destructeurs, et elle ne se milite pas à la possession des biens de ce monde, mais s’étend également à la nourriture, au sexe et aux autres choses.

Le Saint Prophète (S) a dit :

– « En vieillissant, l’homme a deux caractères qui rajeunissent : l’avidité et l’espérance tenace. »

L’Imam al-Bâqir (P) a dit :

– « L’homme avide dans son amour de ce monde est pareil au ver à soie : plus il s’enveloppe dans son cocon, moins il a de chances de s’en échapper, et il finit par mourir de douleur. »

A l’opposé de l’avidité, se trouve la vertu du contentement, qui rend l’homme capable de contrôler ses désirs et de se contenter du strict nécessaire pour la vie. Celui qui a cette vertu vit toujours honorablement et respectablement, comme un homme libre ; il est immunisé contre les vices de l’abondance dans ce monde et, par voie de conséquence, contre la punition dans l’Autre Monde.

Pour se libérer du vice de l’avidité, on doit méditer sur ses conséquences nuisibles et se rendre compte que l’avidité est une caractéristique des animaux qui ne reconnaissent pas de restriction à la satisfaction de leurs désirs sensuels, et qui recourent à tous les moyens pour les satisfaire. Il est donc nécessaire pour l’homme de se libérer de ce vice et de contrôler son âme rebelle.

5- La convoitise (tamaa)

Suscitée par l’amour de ce monde, la convoitise est un autre type de vice moral, et elle se définit comme avoir un œil sur les possessions d’autrui. Ce qui se trouve à l’opposé de ce vice, c’est le fait d’être indépendant des autres, et indifférent à ce qu’ils ont entre les mains. Il y a de nombreux hadiths qui font les louanges de celui qui est indépendant des autres et qui condamnent la convoitise. Voici deux hadiths louant la vertu de celui qui sait se suffire, et condamnant par la même occasion la convoitise.

L’Imam al-Bâqir (P) a dit :

– « Quelle détestable créature que celui qui se laisse mener par sa convoitise. Quelle mauvaise créature que celui dont le désir lui fait gagner l’ignominie. »

L’Imam Ali (P) a dit :

– « Passe-toi de quiconque : tu deviens son égal ; convoite quiconque : tu deviens son captif ; rends service à quiconque : tu deviens son émir. »

6- L’avarice (bukhl)

L’avarice, c’est le fait d’être parcimonieux là où on devrait être généreux, et c’est pareil à la prodigalité, qui est son opposé, et qui consiste à se montrer généreux quand il faudrait être frugal. La voie intermédiaire entre ces deux extrêmes est le « sakhâ' », qui consiste à être généreux lorsqu’il le faut. Le Coran décrit les Croyants, appelés aussi « cIbâd al-Rahmân » (les esclaves du Miséricordieux) comme étant

« … ceux qui, pour leurs dépenses, ne sont ni prodigues, ni avares, car la juste mesure est au milieu des deux. » (25 : 67)

Alors que l’avarice (bukhl) est suscitée par l’amour de ce monde, la générosité (sakhâ’) émane du zohd. Beaucoup de Versets coraniques et de hadiths louent et condamnent chacun de ces caractères ; nous nous dispensons ici de les citer, pour rester concis. Le plus haut degré de la générosité est le sacrifice, c’est-à-dire le fait d’être prêt à offrir à autrui ce dont on a soi-même besoin. Et c’est là une des caractéristiques des vrais Croyants, comme nous le dit le Coran :

– « Ils les préfèrent (les autres) à eux-mêmes, malgré leur pauvreté. » (59 : 9)

Pour guérir la maladie de l’avarice, il est nécessaire de bien considérer les Versets coraniques et les hadiths qui condamnent ce vice, et de méditer sur ses conséquences nuisibles. Si cette démarche s’avérait inefficace, on devrait s’efforcer d’être généreux et libéral, même si cette générosité est complètement artificielle ; et on devrait continuer à faire cet effort jusqu’à ce que la générosité devienne une seconde nature.

La générosité est nécessaire lorsqu’il s’agit de s’acquitter de certains devoirs obligatoires (wâjibât), tels que le paiement du Khoms et de la Zakât, les dépenses pour sa femme et ses enfants, les frais du Hajj (Pèlerinage à la Sainte Kabah), et ainsi de suite.

Elle est aussi nécessaire lorsqu’il s’agit de s’acquitter des devoirs recommandés (mustahabbât), tels qu’aider les pauvres, offrir des cadeaux, organiser une réception dans le but d’établir ou de consolider des liens d’amitié ou de parenté, prêter de l’argent à quelqu’un, donner un délai aux débiteurs, fournir des vêtements et un abri aux nécessiteux, dépenser ce qui est nécessaire pour sauvegarder son honneur ou réparer une injustice, et contribuer aux dépenses des services publics tels que les Masjid, les écoles, les hôpitaux, les routes, les ponts, les puits, etc.

7- Le gain illicite

Ce vice consiste à amasser une richesse d’une façon illicite, sans se soucier d’éviter ce qui est harâm et les moyens illicites de gain. Ce vice est suscité par l’avidité et l’amour de ce monde, et il conduit à une détérioration morale et à la perte de la dignité humaine. Nombre de Versets coraniques et de hadiths mettent fermement en garde contre l’acceptation de moyens illicites de revenus, et en rappellent les conséquences fâcheuses.

Il faut garder présent à l’esprit que la richesse est de trois sortes :

a) celle qui est purement halâl (acquise de manière licite) ;

b) celle qui est totalement harâm (acquise de manière illicite) ;

c) celle qui est mélangée de halâl et de harâm.

Ce qui est halâl est utilisable, et ce qui est harâm ou d’origine douteuse (muchtabah) doit être évité. Les choses harâm sont de diverses sortes : la viande de porc et de chien ; les boissons alcoolisées ; toutes denrées dont la consommation est nuisible à la santé ; tout ce qui est acquis par la force, l’injustice ou le vol ; tout gain obtenu par des pratiques illicites, telles que la tricherie à la pesée ou dans le nombre d’heures de travail, la thésaurisation, la corruption, l’usure et tous les autres moyens illicites énumérés dans les ouvrages de fiqh (Jurisprudence islamique).

L’opposé du gain par des moyens harâm est l’abstention de toutes formes de pratiques harâm (warac canil-harâm). Cette vertu peut devenir graduellement une habitude chez l’individu grâce à l’exercice de l’auto-restriction qui lui permettra en fin de compte de s’abstenir volontairement même de ce qui est muchtabah (d’une licéité douteuse). Selon un hadith :

– « Quiconque vit de gain halâl pendant quarante jours, Allah illuminera son coeur et en fera monter des fontaines de Sagesse vers sa langue. »

8- La trahison (khiyânah)

La trahison est un autre type de vice appartenant au pouvoir de passion. La trahison peut se faire avec l’argent ou comme la violation d’un dépôt. Elle peut concerner l’honneur, le pouvoir ou la position. L’opposé de la trahison est l’honnêteté ou la loyauté (amânah), qui s’applique elle aussi à tout ce qui vient d’être mentionné concernant la trahison, c’est-à-dire la propriété et les biens de quelqu’un -lesquels sont des Dépôts Divins-, la famille et la position, l’autorité et le pouvoir qu’on exerce. On doit toujours se rappeler que ce qui vient d’être énuméré constitue des Bénédictions d’Allah, impliquant une responsabilité spécifique, et dont la violation équivaut à une trahison. Luqmân le Sage a dit :

– « J’ai acquis ma position de Sagesse uniquement grâce à la véracité et au respect du dépôt. »

9- La licence et la débauche

Elles incluent des pratiques telles que l’adultère, la fornication, la sodomie, l’intoxication et toutes autres formes d’extravagance, et elles émanent toutes du pouvoir de passion et plongent l’homme dans un mode de vie bestial. Il y a de nombreux Versets coraniques et hadiths qui condamnent cette sorte de conduite, et ils sont suffisamment connus pour n’être pas cités ici.

10- S’occuper des questions obscènes et harâm

Ce vice consiste à discuter des actions illicites et harâm. S’amuser de telles discussions et échanger des plaisanteries et des histoires obscènes ne bénéficie guère à la dignité et à la position de l’homme. Etant donné que le harâm et l’obscène sont de diverses sortes, s’en occuper peut également être classé de diverses façons.

Pour se libérer de ce vice, on doit contrôler et limiter sa parole, et parler uniquement des choses qui plaisent à Allah. Le Saint Coran cite les habitants de l’Enfer, qui disent :

– « Nous discutions vainement avec les amateurs de disputes. » (74 : 45)

Et dans un autre Verset, il nous met en garde contre l’organisation de réunions en vue de telles absurdités :

– « Ne restez donc pas en leur compagnie (de ceux qui se moquent…) tant qu’ils ne discuteront pas sur un autre sujet. » (4 : 140)

L’une des nombreuses formes que prend ce vice consiste à prendre plaisir à aborder des sujets futiles et frivoles -discussions qui n’ont aucune utilité ni pour ce bas-monde, ni pour l’Autre Monde. De plus, de tels bavardages constituent une perte de temps et un obstacle devant toute contemplation et toute pensée utiles. C’est pourquoi la vertu du silence a été retenue comme l’opposé de ce vice. Et ce qu’on entend par silence, ici, ce n’est pas le fait de rester toujours taciturne, mais plutôt le fait de protéger sa langue et son oreille de toute parole inutile et insensée. En d’autres termes, on doit rester attentif à ce qu’on dit, et ne dire que ce qui est bénéfique aussi bien pour ce monde que pour l’Autre Monde. Le Sage a dit :

– « Deux choses peuvent détruire un homme : avoir trop de fortune, et trop de loquacité. »

Et le Prophète (S) a dit :

– « Béni soit celui qui se montre frugal dans sa parole et généreux dans ce qu’il possède. »

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